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Quand l’investissement s’assigne de nouvelles missions

Depuis des lustres, le terme d’investissement n’a eu d’autre sens en économie que celui de placer son argent pour en tirer un revenu. Mais depuis quelques années, sa signification évolue pour inclure une dimension sinon éthique, du moins en quête de sens. Longtemps tenus pour des orientations essentiellement commerciales, les critères ESG sont désormais non seulement intégrés par les acteurs de la gestion d’actifs, institutionnels comme sociétés de gestion, mais ils tendent à recouvrir un champ toujours plus vaste que l’investissement doit privilégier. Alors que l’approche ESG a d’abord le plus souvent été « négative », c’est à dire consistant à exclure des choix d’investissement certains secteurs aux produits ou services contestables, celle-ci se mue de plus en plus en une démarche positive, qui s’attache à soutenir les projets les plus porteurs de valeurs ou dont l’impact sociétal est clairement mesurable.

Dans cette logique, le court terme a cessé d’être l’horizon d’investissement de référence. C’est à long terme que les institutionnels espèrent tirer les fruits d’une philosophie d’investissement fondé sur les valeurs. Entre l’éphémère et le durable, le spéculatif et le responsable, une large partie du monde financier a fait son choix, en partie sous la pression des régulateurs. Et ce résultat, conforme d’ailleurs à ce qu’attend aujourd’hui l’opinion publique des professions financières toujours sous haute surveillance, est peut-être la conséquence la plus importante de la crise financière encore toute proche. Pour autant, les nouvelles missions que s’assignent les investisseurs ne les affranchissent pas des dures lois de la finance. Pour n’être plus l’alpha et l’oméga de leur activité, le rendement n’est jamais absent de leurs réflexions car au cœur des obligations auxquelles ils restent tenus à l’égard de leur clientèle. La Journée nationale des investisseurs (JNI), qui réunira cette année encore la fine fleur des professionnels à l’initiative de L’Agefi et de son média Instit Invest, visera précisément à cela : montrer que la responsabilité dont ils entendent faire preuve peut déboucher sur des résultats financiers comparables à ceux obtenus par des méthodes traditionnelles.

C’est pourquoi, pendant toute une journée, le 6 décembre prochain, plusieurs centaines de professionnels seront réunis à Paris pour débattre des aspects sociétaux et éthiques de leur métier, applicables à des catégories d’investissement aussi diverses que l’immobilier, les infrastructures ou les entreprises, mais aussi des moyens d’établir des partenariats d’un type nouveau avec les autres acteurs de la filière, pour cause de régulation ou rupture numérique, et enfin des grands déterminants économiques de leur activité, à commencer bien sûr par les grandes tendances macro-économiques et monétaires. Une douzaine de panels ne seront pas de trop pour aborder tous les sujets qui comptent aujourd’hui pour les investisseurs, grâce au témoignage de professionnels chevronnés qui ont accepté de partager leurs expériences. L’Agefi a cru depuis l’origine que les critères ESG n’avaient rien d’une mode ; raison de plus pour elle de poursuivre sa seule mission, informer et nourrir le débat en finance. Il en est peu de plus essentiels.

Philippe Mudry, Directeur général de L’Agefi